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Entretien avec Didier Liardet, spécialiste séries télé
Didier Liardet est spécialiste des séries et dirige la collection "Télévision en séries", aux éditions Yris. Il a écrit notamment L’Anthologie des séries, les séries américaines de 1949 à 1969. Il revient sur le phénomène des séries américaines en France, et nous explique qu’aux Etats-Unis, patrie des séries, le phénomène n’a rien de nouveau. Déjà dans les années 1980, une série comme MASH réunissait 40 millions de téléspectateurs. Didier Liardet dresse les grandes évolutions qu’ont connues les séries télé et leurs héros à travers les décennies. Il revient également sur l’impact que peuvent avoir les fictions sur la société. Enfin, il nous fait part de son point de vue sur la longévité du succès des séries.
Quelles sont les grandes évolutions dans les séries de 1950 à nos jours ? Il existe une évolution au niveau filmique, le rythme est plus soutenu. Mais le grand changement, c’est que dans les années 1950-60, c’étaient les studios qui filmaient les séries. On avait donc toujours les mêmes metteurs en scène, scénaristes, personnes pour les décors, ce qui fait que les séries avaient une teinte bien particulière. Aujourd’hui, c’est différent. Il y a tellement de productions, de studios indépendants qui produisent des fictions. Il y a de la diversité.
Est-ce qu’il existe des sujets plus faciles à aborder de nos jours ? En France, on a une perception faussée de la réalité car on n´a vu qu’un quart ou un tiers de la production américaine des années 1950-60. Dans les années 1970, beaucoup de séries Américaines qui parlaient de drogue, d’homosexualité et que l’on n’a pas du tout vu en France. On pense que ce sont les séries modernes qui abordent ces sujets mais ce n’est pas tout a fait vrai.
Existe-t-il un tournant dans l’histoire des séries ? X-Files a marqué un vrai tournant dans l’histoire du succès des séries en France. C’est à partir d’ X-Files qu’on a commencé à s’intéresser aux séries. Avant, elles étaient considérées comme des sous-produits. Dans chaque décennie, il y a eu une série qui a marqué son temps. Dans les années 1950, I love Lucy était révolutionnaire car filmée en direct. Aujourd’hui, on parle de 24 heures chrono comme d´une nouveauté, mais c’est le concept de temps réel qui est novateur. Le feuilleton à rebondissements n’a rien d´original. Car 24 heures chrono est un feuilleton et non une série.
Comment a évolué la représentation du héros ? Depuis 10 ans, la femme a pris le pouvoir dans les séries. Dans les années 1970, elle avait un rôle de potiche. Ainsi dans Drôles de dames, c’était plus un défilé de mode qu’une intrigue intéressante. Ça a changé dans les années 1980, avec Cagney et Lacey, une série policière assez sombre, où deux femmes tenaient les rôles principaux.
Comment expliquer que les femmes aient pris autant de pouvoir dans les séries ? C’est basé sur un concept marketing. De nombreuses études ont montré que les femmes regardent plus les séries que les hommes, notamment la fameuse ménagère de moins de 50 ans. Par exemple, Prison Break a une audience plutôt féminine. Quand les producteurs créent une série télé, ils essaient de toucher le public le plus large possible, donc ils ciblent la population.
Quel impact ont les séries sur la société ? Pensez-vous qu’elles aient un réel pouvoir d’influence ? Les séries n’ont pas plus de pouvoir que les films, ça reste de la fiction. On a dit des Experts qu’ils pouvaient empêcher les policiers de résoudre des affaires. Il y a du vrai, mais il ne faut pas aller au-delà de la fiction. A l’apogée d’Urgences, le nombre de demandes d’inscription en médecine a explosé. Mais ce ne sont que des épiphénomènes. Il faut se demander si c’est la série elle-même qui influence, ou si c’est le phénomène médiatique autour. C’est plus compliqué à éclaircir.
Les séries tendent-elles à faire passer un message politique ? à promouvoir un style de vie ? Tout dépend du thème et de la trame. Il existe aussi pas mal de séries qui critiquent le système américain. Et il y a une très nette différence entre celles qui passent sur les chaînes hertziennes et celles sur le câble. Ce sont les présidents de chaînes qui décident de faire passer le message ou pas. Le plus important pour les Américains, c’est la notion d’entertainment. Le divertissement est très important pour eux.
Pourquoi les séries américaines ont-elles plus de succès que les séries françaises ? C’est grâce à la culture de l’entertainment que l’on n’a pas en France. Mais attention, les séries américaines n’ont pas plus de succès que les séries françaises. Navarro, c’est dix millions de téléspectateurs, c’est-à-dire autant que Les Experts, sinon plus. La différence, c’est que les séries américaines touchent les moins de 40 ans, et les séries françaises, les plus de 50 ans. Un public plus jeune, qui en parle sur Internet, crée des forums. Ça produit peut-être plus de choses, mais il n’y a pas plus de personnes qui regardent.
L’engouement d´aujourd’hui pour les séries peut-il tenir sur la durée ? Déjà, le phénomène des séries le dimanche soir sur TF1 est terminé. Il s’agissait d’une décision purement économique puisqu´une série coûte trois fois moins à l’achat qu’un film. Pendant un film, la chaîne ne peut placer qu’une page de pub contrairement à deux pendant une série. Grâce aux Experts, un bénéfice de 19 millions d’euros a été dégagé. Il ne fallait pas y voir une volonté de changer les mentalités ou une volonté de remettre les séries en avant.
Le merchandising peut-il prolonger le succès d’une série ? Oui, surtout dans les pays anglo-saxons. Moins en France, car le merchandising n’a jamais vraiment réussi à s’imposer. Et cela pour une raison simple : le coût. Les produits dérivés coûtent très cher en France, et sont donc difficiles à vendre. Par contre, les ventes de DVD ont explosé. C’est le support idéal pour les séries, car en France, elles sont diffusées tard ou de façon irrégulière. Si on veut regarder 24 heures chrono, il faut se coucher à 3 h du matin !
source: www.aufeminin.com
http://www.series-fans.com/plus.php
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